10 janv. 2013

"Mon père, ce héros..."


Extrait du MASQUE DES HEROS
Page 51
Simon qui est un enfant adopté est obsédé par la recherche de son père inconnu :
"Mais, lui, il a besoin d’admiration pour vivre. Il respecte infiniment l’homme qui l’a élevé avec tant d’amour, mais ne peut s’empêcher de penser à celui qui lui a donné le jour.
Qui était-il celui-là ?
Un combattant ?
Une victime ?
Un héros?
Un salaud ? Non pas ça ! Il ne veut pas ! Que son vrai père ait pu être un lâche, un sale type, il le refuse absolument, un peu comme une impossibilité génétique. Ce n’est pas possible, n’est-ce pas ? Face à cette interrogation pathétique, Clo est restée sans voix. On n’est pas responsable de ses parents, ni de leurs actes.
Comment savoir et surtout que répondre ?
Alors, elle a pris son feutre rouge et a écrit sur son fameux tableau de la cuisine ce vers de Victor Hugo :
– « Mon père, ce héros au sourire si doux… »

Ce vers de Victor Hugo est le premier du poème qui s'intitule :"Après la bataille" où il raconte un épisode de la vie de son père qui était officier dans l'armée;

Mon père, ce héros au sourire si doux,
Suivi d'un seul hussard qu'il aimait entre tous
Pour sa grande bravoure et pour sa haute taille,
Parcourait à cheval, le soir d'une bataille,
Le champ couvert de morts sur qui tombait la nuit.
Il lui sembla dans l'ombre entendre un faible bruit.
C'était un Espagnol de l'armée en déroute
Qui se traînait sanglant sur le bord de la route,
Râlant, brisé, livide, et mort plus qu'à moitié.
Et qui disait: " A boire! à boire par pitié ! "
Mon père, ému, tendit à son hussard fidèle
Une gourde de rhum qui pendait à sa selle,
Et dit: "Tiens, donne à boire à ce pauvre blessé. "
Tout à coup, au moment où le hussard baissé
Se penchait vers lui, l'homme, une espèce de maure,
Saisit un pistolet qu'il étreignait encore,
Et vise au front mon père en criant: "Caramba! "
Le coup passa si près que le chapeau tomba
Et que le cheval fit un écart en arrière.
" Donne-lui tout de même à boire ", dit mon père.