8 juin 2017

Extrait des " Romances du vent "


Début de la nouvelle: " L'odeur du pastis et des olives "

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Quand Romuald sortit de la gare Saint Charles ce matin là, il respira un grand coup, heureux de se retrouver à Marseille après dix ans d’absence.

Le ciel était aussi gris qu’à Paris mais la chaleur bien supérieure à celle qu’il venait de quitter quelques heures plus tôt, il se dit qu’il avait dû perdre l’habitude…Au sortir du TGV climatisé, la moiteur ambiante le replongea brutalement dans son passé et il eut soudain la sensation de faire un grand saut en arrière. Un rapide coup d’œil à sa montre lui prouva qu’il avait encore pas mal de temps libre avant son rendez-vous d’affaires. Alors, il eut envie de descendre sur le port, pour voir…

Il dégringola les majestueux escaliers de la gare sans même les voir, dévala le boulevard d’Athènes et tournant en angle droit, il descendit la Canebière au pas de course. Sanglé dans son élégant costume, et le porte-documents sous le bras, aucun de ses anciens camarades n’aurait pu le reconnaître, ainsi vêtu. Il y avait un monde fou qui déambulait dans tous les sens, et il surprit au passage des phrases et des bouts de conversations dans des langages inconnus de lui, ce brouhaha ambiant le replongea dans un bain de foule qui lui sembla un bain de jouvence. Arrivé sur le Quai des Belges, avant même d’atteindre la brasserie dans laquelle il travaillait dans sa jeunesse, il leva la tête, une grande nappe de ciel bleu venait de faire son apparition, grâce à un petit mistral de saison et son regard se porta au premier étage d’un antique bâtiment à la façade vermoulue. La fenêtre ouverte sur le Vieux Port laissait échapper un rideau aux couleurs délavées qui flottait au vent comme un drapeau, il prit cet envol comme un signe de bienvenu. Quelqu’un habitait toujours là, et il souhaita très fort que ce quelqu’un soit la personne qu’il désirait tant revoir. L’entrée à demi ouverte donnait sur un couloir sans âge, il s’engouffra dans les escaliers branlants et donna trois petits coups sur le bois jaunâtre de la porte où ne figurait aucun nom mais qu’il aurait reconnue entre mille. Quand elle s’ouvrit, il se trouva  face à un vieillard aux longs cheveux blancs et à la barbe de prophète. Il hésita un court instant puis hasarda :

«  Bonjour Monsieur, pardon de vous déranger, mais je cherche… »